HISTOIRES   COURTES
Bienvenue dans la  rubrique Lecture, avec des histoires courtes de quelques pages.

Le rayon Lecture :  Policier, Romance, Humour, Drame, Instant de vie...

Une histoire courte 2 fois par semaine (Lundi & Jeudi).

Avec la possibilité de relire ces  histoires courtes déja diffusées (dans l'Historique...).


Ces histoires sont libre d'accès sans droit d'auteur avec la possibilité de les télécharger.
(Oeuvre plubliée sous licence Créative Commons byncd 3.0).

Bonne Lecture à tous.
                                                                                                        Jacky PANCHAUD



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du 15/04/2021
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 Historique
des histoires courtes diffusées.


 

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Un coup éditorial
 Louis-Dominique B.  ( Drame )


Oeuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0


 
Jeune avocat, il avait plaidé au procès du Mélyor. Cet insecticide utilisé contre les parasites du coton (chenilles, aleurodes et mirides vertes) avait pollué la basse vallée du Nil et celle de l’Amou Daria. Conséquences : cultures irriguées anéanties, disparition quasi-totale du crocodile, ibis et bichir en Égypte, de la cigogne blanche et du sandre en Asie centrale, naissances d’enfants phocomèles que la presse désigna sous le sobriquet d’« orvets du Mélyor ».

Puis sa carrière s’orienta vers la défense d’ONG comme Jamais sans lui (pour la liberté de circulation des animaux de compagnie), Papuan Pride ou encore UGM (Union généalogique mondiale). Il fut également administrateur de la Fondation Germaine Jean-Saint-Jean. On lui confia une mission d’étude stratégique aux Îles Éparses.

À quarante ans il était ambassadeur auprès de l’UNESCO. Trois ans plus tard, il démissionnait. Il avait fait le tour de la profession d’avocat. Il se retira dans son mas cerdan, gardant toutefois un pied-à-terre passage du Caire. Il se mit à écrire, avec succès : prix du premier roman pour Les anges exposés, Goncourt avec Le saut de l’Ours.

Le sulfureux La laisse et le collier, adapté par la cinéaste serbe Pola Dralic-Vigoda, est primé à la Mostra. Il aimait surprendre en abordant tous les genres : roman, théâtre, nouvelles, essais, poésie mystique : sa paraphrase des sonnets de Jean de La Ceppède, mise en musique par les Demoiselles de Port-Royal, est téléchargée plus d’un million de fois. Cheveux désordonnés avec soin, teint hâlé, voix grave, Alban est désormais un auteur installé.

Il se ménage, joue à l’ermite dans sa thébaïde pyrénéenne, repousse l’habit vert, fuit les jurys, refuse ses originaux à la Pléiade.

 

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Et puis, deux fois l’an, une page de magazine, une émission littéraire tardive suffisent à entretenir les ventes jusqu’à temps que l’inspiration fasse à nouveau crépiter le clavier.

— … et le roman policier ? — Eh bien ?

— À y réfléchir, il reste encore un polar à écrire. Je me trompe ? Le voilà décontenancé.

Question imprévue. Il parcourt mentalement son œuvre, il doit se rendre à l’évidence.

— Exact ! Pourquoi cette lacune ? Cela interroge.

Un roman policier ! Pas facile, il faut une intrigue ciselée. Roman policier ? Roman policier ! Au moins vous, monsieur le journaliste, ne serez pas venu en vain. Les éditions La Maison siègent, rue d’Hauteville, dans le Xe : un hôtel particulier au décor directoire classé qui n’est plus qu’une boîte à lettres. Saint-Denis Stade France, dans cette banlieue tertiarisée avec bureaux, centre commercial et espaces de co-working, bat le cœur actif de La Maison, un immeuble de trois étages, tout de verre fumé.

Sur la façade brille la nuit, visible depuis la rocade, un écu de gueules, avec épée d’argent en pal chargée en dextre d’une étoile et en senestre d’un croissant, le tout d’or. Pas de nom en grosses lettres. Ce logo suffit. Il est connu de tous.

— Roman policier ! Formidable ! 150 pages bien denses et le tour est joué ! Tu as une intrigue ?

— Il faut un cadre socio-professionnel bien marqué. Je pensais au monde de l’écriture, de l’édition, des critiques…

— Pas mal, la mise en abyme est un procédé efficace. Le polar devient roman à clefs. Tu présentes un premier jus ?

— Je n’ai rien pour l’heure… Edmond marque un temps de silence.

— Nous sommes fin septembre. Je rends la copie pour le bac de philo. Ça ira ?

— Je vois avec le comité éditorial… On se retrouve la semaine prochaine.

Cette dernière phrase est-elle déclarative ou interrogative ? La finale, descendante, validant une décision ou montante, appelant une réponse ? Cette ambiguïté trahit la lassitude d’Edmond, son enthousiasme tiède à attendre, une année encore, un hypothétique polar censé renflouer la Maison.

Alban, lui, se contente d’une mimique de salut militaire et quitte le bureau sans un mot, moyen pour lui de cacher le flou de ses intentions.

— Il va se remettre au travail… Oui, fin juin… Trop tardif ? La banque laisse six mois ! On est si mal ?... Bon… je vais tenter… mais de votre côté rappelez qu’avec lui c’est minimum 250 000 exemplaires assurés…

Oui ! Oui ! Je vais tout faire pour qu’il boucle fin mars… dernière chance pour la Maison… Bordel ! Inutile de me le seriner ! Vous croyez que cela m’amuse de renouer avec lui ? La boîte a été rachetée par un PDG venu de l’agroalimentaire breton.

Il veut s’offrir un panel d’investissements plus glamour que la charcuterie industrielle ou les abattoirs.

 

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Breton suidé, son surnom dans les bureaux, veut donner une image branchée à La Maison. Il veut surtout que les comptes se rétablissent.

— Le meurtre parfait se déguise en suicide ou en accident. Le choix est large. L’accident baignoire à Cloclo, est facile à réaliser.

— Ma parole, tu sembles avoir potassé le sujet… moi, je n’ai guère avancé.

— Disons que je t’épargne des recherches sur le Net, je débroussaille le terrain.

— Oui mais je préfère quand le débroussailleur est un thésard désargenté.

— Il n’était pas un thésard ! Mais un écrivain, un vrai. Gros con ! Furieux, Edmond quitte le bureau.

Alban ne réagit pas. Il a dit une énormité. Pourquoi cette provocation gratuite ? Il n’ose se l’expliquer. Edmond a raison : le thésard était un grand écrivain, un nouveau Radiguet. Edmond revient. Il sent la cigarette.

— … c’est pourquoi tu vas mitonner un bon petit roman policier, concis, avec en plus une bonne rasade d’introspection pour contenter les lecteurs professionnels.

— Je vais voir… Ce polar est mal parti. Alban est en panne d’inspiration. Où est l’obstacle ? Edmond l’ignore.

Or seul un coup littéraire sauvera la Maison. Les dettes sont énormes, les banques renâclent, Breton suidé grouine. Alban lui doit bien cela. Il s’était lancé dans une saga : exode rural du Champsaur à l’Oranie pour l’aïeul ; colonies, guerres et indépendances entre Imerina, Tonkin et Loyauté pour les héritiers ; retour en métropole, avec une petite-fille à la tête du FMI et son frère : chef de la mafia des casinos. Alban s’était perdu dans ces histoires entrelacées.

Edmond lui présenta un jeune talent et la saga fut bouclée grâce à l’écriture à quatre mains avec Tadéo, c’était son nom. Il s’appelait en fait Tadeusz, né à Bia?ystok ville polonaise scarifiée par les rejets d’un combinat chimique et le souvenir de la Shoah. Sa grand-mère qui l’avait étudié, avant-guerre, chez les Visitandines, ne lui parlait que français.

C’était son cadeau de Noël, disait-elle. Elle l’inscrivit à l’Alliance Française. À treize ans, il lisait Molière. À seize, il écrivait une nouvelle. Bachelier, il décrocha une bourse d’études à Paris. Il avait changé son prénom en Tadéo qui faisait plus latin, voire italien malgré de « d » unique.

À la fin d’un cours, veille de week-end, il confia à son professeur le tapuscrit de sa nouvelle : Narcisse et le miroitier. Le vendredi suivant, il avait rendez-vous à la cafétéria du campus.

— Seize ans ! À peine ! Quel style ! Des jeux érotiques comme un chant païen. Le miroir brisé à force de sollicitation. L’artisan qui vient le remplacer. L’acte érotique partagé. L’amour esquissé. Quel débordement de sensualité ! 

— Oui, j’avoue, dès la première description : celle du retour de colonie, vous retrouvez le miroir pour exploser « en secousses saccadées de spasmes… »

— Vous avez repéré ces allitérations !

— C’est mon métier. 
 

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J’en ai repris la lecture encore ce matin, pour être bien sûr.

— Êtes-vous sincère ? Vous êtes mon premier lecteur. Je vous fais confiance avec ce premier texte…

— Il y en a d’autres ?

— C’est une évidence, j’aime écrire, en français surtout malgré son orthographe… archéologique.

— Vous êtes libre samedi ? Je vous présenterai un ami éditeur. Avec votre permission, je lui donne une copie. Le samedi suivant Tadéo est présenté à Edmond lors d’une séance de signature rue d’Hauteville, ils conversent dans le patio. Quelques invités devisent à voix basse avec parfois le tac-tac précis d’une paire de talons aiguilles sur le marbre de la cour.

— … grand prix de la nouvelle de l’Académie, clôture des dépôts, fin janvier. On a le temps de publier un recueil. Tu as d’autres nouvelles, je sais.

— Mais sont-elles du même niveau ? Je ne peux pas dire.

— Tu me fais tout lire, absolument tout, même les brouillons inachevés.

— Vous croyez ?

— Ce que j’ai lu est de la pépite la plus pure.

— Vous allez me publier ? Comment vous remercier ? Edmond tremble en prenant la main du garçon.

Il esquisse un mouvement vers ce visage de ragazzo, puis se ravise. Dans un réel effort pour se ressaisir, il se dit : « pas si vite, pas tout de suite… Ne gâche rien. » Ils ratèrent le prix de la nouvelle. De peu selon certaines indiscrétions.

— Avec ton histoire d’ado homo, la papesse saphique, Gabrielle Gabert, ne pouvait pas voter pour toi. Quant au misanthrope autoproclamé depuis son ryad de la rue Heurtaut, Roland Surnya, sarouel de soie et narguilé à la Loti, il ne vote que pour les écrivains de son éditeur. Paradoxalement l’échec au grand prix créa l’événement littéraire.

Le lauréat était un besogneux de la plume soutenu par des solidarités rancies parmi le jury. La critique, au contraire, salua le talent d’un jeune écrivain au style, dru et musical à la fois, alors même que le français n’est pas sa langue maternelle. Tadéo devint la coqueluche des médias. Une photo de lui, façon Caravage, suffisait à pousser la vente en kiosque.

Tadéo s’installa chez Edmond, rue de la Mouzaïa. Il termina sa licence même si jongler entre Sorbonne, studios télé et réceptions n’était pas aisé. Cela dura un semestre. Fin juillet, Tadéo était licencié ès lettres.

 

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